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Les salaires de la peur

 

« Cinq fuseaux horaires : pour les uns, le temps est une masse poisseuse, pour les autres il passe comme une flèche ou alors il n’a pas d’existence. Bien qu’absolument divergentes, les réflexions et les émotions de ces cinq personnes se fondent constamment les unes dans les autres, comme si chacun, sans s’adresser à quiconque, donnait la réplique à l’autre. Gesine Danckwart cadre alors en gros plan la furieuse immobilité des esprits. Elle nous donne le sentiment d’être sur la trace de la vérité. Une pièce sur les salaires de la peur.

Pas de situation concrète ni d’action. Pas de personnage clairement défini. Un tressage de soliloques. Les personnages de Gesine Danckwart n’ont pas de langue en propre. C’est pourtant la langue qui fait affleurer leur drame. Et cette langue, comme le drame, est collective. Ces personnages appartiennent à un même socle mental. Danckwart nous donne à entendre ce lien social et mental grâce à son invention poétique. Elle relève avec une infinie finesse les symptômes langagiers contemporains, les tendances au jargon sociologique ou au verbiage psychologique, aphorisme publicitaire, dictons et expressions populaires, doux blabla et presse féminine…

Les monologues sont truffés d’éléments qui circulent d’une bouche à l’autre : des blessures ou des tics de langage, un adverbe ou un certain usage d’une conjonction de coordination. Cette parole blessée, inachevée, balbutiée n’est pourtant jamais fastidieuse. C’est le grand art de Gesine Danckwart de réussir à nous émouvoir en nous livrant les banalités et les presque-riens. Ce que ces personnages livrent d’eux-mêmes, peut être d’une grande banalité, mais, comme le dit Gesine Danckwart, d’une banalité chargée de sens.» Pascal PAUL-HARANG, Traducteur

 

Texte : Gesine DANCKWART

Traduction : Pascal PAUL-HARANG(Climats, 2004)

 

Gesine Danckwart, née en 1969 à Elmshorn, a grandi à la campagne près de Lübeck et a exercé différentes fonctions dans des théâtres à Vienne, Mülheim et Berlin. Parallèlement à ses études de sciences théâtrales, elle a créé une salle de spectacles pour compagnies indépendantes à Berlin-Moabit. C’est à partir de projets de mise en scène et de performances qu’elle a commencé à travailler sur ses propres pièces. Gesine Dackwart vit de ses activités théâtrales et de ses pièces à Berlin.

 

 

details

Dans le cadre d’un projet franco-allemand en pays tiers, avec le soutien de l’Institut français de Chine, en collaboration avec la compagnie Grenier/Neuf

Dates

Les 23 et 26 avril 2012, dans le cadre du festival Croisements